La mystérieuse histoire de Victor l'enfant sauvage
La mystérieuse histoire de Victor l'enfant sauvage
Un enfant sauvage.
À l'hiver 1800, un jeune garçon nu et voûté est retrouvé dans les bois du Tarn. Immédiatement considéré comme un « enfant sauvage », il est craintif, ne parle pas et se nourrit de pommes de terre.
Enfant
8 janvier 1800. Un enfant nu, courbé, à la chevelure hirsute, est découvert et capturé par trois chasseurs dans les bois de Lacaune, alors dans l'Aveyron (actuel Tarn).
Mois
Cela fait plusieurs mois qu'il est régulièrement aperçu par des paysans et bûcherons de la région. Des battues ont même été organisées pour l'attraper. Cette fois, on le tient.
Commissaire
L’enfant est d’abord confié au commissaire du gouvernement du canton, qui le garde deux jours chez lui avant de le confier à l’hospice du village. Celui-ci livre ses premières observations.
Hospice
« Je fais conduire, dans votre hospice, un enfant inconnu de douze à quinze ans, qui paraît sourd et muet de naissance ; outre l’intérêt qu’il inspire par la privation de ces sens, il présente encore dans ses habitudes quelque chose d’extraordinaire qui le rapproche de l'état des sauvages.
Intéressant
Sous tous les rapports, cet être intéressant et malheureux sollicite les soins de l’humanité : peut-être même doit-il fixer l’attention de l’observateur philanthrope.
Soins
Veuillez en faire prendre tous les soins possibles ; faites-le particulièrement surveiller le jour, et coucher la nuit dans une chambre d’où il ne puisse s’évader.
Affections
J’ai reconnu dans ses affections, que, malgré l’amitié la plus attentive que je lui ai témoignée, et quoique j’eusse gagné sa confiance pendant deux jours et deux nuits que je l’ai gardé chez moi à vue, il guettait sans cesse le moment de s’enfuir.
Nourriture
Sa nourriture ordinaire et de préférence, depuis qu’il est un peu civilisé, consiste en des pommes de terre cuites au feu.
Les bois de Lacaune.
Bête
À l’hospice, le garçon est jour et nuit surveillé observé comme une bête curieuse, la presse raconte les premiers jours de celui qu'on surnomme désormais « l'enfant sauvage » .
Résister
« Comment a-t-il pu résister, nu, aux rigueurs de cet hiver, dans les bois de Lacaune ? C’est la montagne la plus liante et la plus froide de nos contrées. »
Figure
Cet enfant paraît n’avoir que dix ou douze ans tout au plus ; il est d’une jolie figure : ses yeux sont noirs et très vifs, il cherche sans cesse les moyens de s’évader.
Sortir
On l’a laissé sortir ce matin dans un champ contigu à l’hospice ; il s’est mis à courir à toute jambe : si 0n ne l’eût suivi de près et atteint, il eût bientôt gagné la montagne et disparu.
Habit
On lui a fait un petit habit de toile grise ; Il ne sait comment s’en débarrasser ; mais ce vêtement le gène beaucoup.
On vient de le laisser libre dans le jardin ; il voulait s’échapper, s’efforçait de rompre un des barreaux de la porte qui est à claire-voie.
Donne
Quand on lui donne des pommes de terre, il en prend autant que ses jolies mains peuvent en contenir : si elles sont cuites (il les préfère ainsi.)
Cris
Lorsqu’on lui enlève ses pommes de terre, il pousse des cris aigus. Constant croit qu'il est sourd ; on vient de se convaincre du contraire ; tout au plus, il a l’oreille dure.
Retard
Souffre-t-il d'un retard mental inné (qui aurait peut-être mené à son abandon précoce) ou d’un retard mental acquis pendant sa période de solitude ? Nait-on homme ou le devient-on ?
Ministre
Bientôt, le ministre de l'Intérieur Lucien Bonaparte, frère de l'empereur, demande à ce qu'on emmène l'enfant à Paris. Son cas permettra sans doute « d'éclairer l’homme social par l’examen de l’homme de la nature », estime le quotidien officiel Le Publiciste
Aveyron
Le ministre de l'Intérieur a chargé le chef de l’instruction publique d’écrire dans le département de l’Aveyron, pour prendre de nouveaux renseignements sur tout ce qui concerne l'enfant sauvage qui y a été trouvé, pour qu’on l’envoie à Paris.
Gouvernement
Il était digne du gouvernement de saisir cette occasion de nouvelles expériences métaphysiques .
Paris, en 1800, la Conciergerie et la Seine.
Arrivée
La Clef du cabinet des souverains raconte ainsi non sans condescendance l'arrivée de cette « espèce de sauvage » sous les dorures du pouvoir.
Sauvage
On n’avait jamais vu dans cette espèce de sauvage une joie aussi vive que celle qui a paru l’animer, lorsqu’il s’est vu dans les beaux appartements du ministre, qui l’a caressé beaucoup et retenu une demi-heure pour l’observer.
Dame
Une dame qui loge devant l'hôtel Coati, a désiré le voir. Un domestique l’y a conduit.
Lit
L’enfant, accoutumé, pendant son voyage, à se mettre au lit dès qu’il entrait dans une auberge, s'est précipité sur celui de cette dame et se serait, sans façon, blotti à côté d’elle, si un bras prudent ou sévère ne l’en avait pas arraché.
Rapport
Il est signé d'un naturaliste, l'abbé Bonnaterre, qui s’en est occupé pendant plusieurs mois. Et sa Notice historique sur le sauvage de l'Aveyron a de quoi semer le doute sur la légende de l’heureux enfant des bois :
Abbé Bonnaterre
« “On chercha à me persuader qu’il se nourrissait de racines et autres végétaux crus”, écrit ainsi Bonnaterre, qui pose alors sur la table divers aliments crus et cuits ; Victor les rejeta tous sauf “les pommes de terre, qu’il jeta au milieu du feu pour les faire cuire”. »
Légumes
Ses légumes préférés ne poussent pas à l’état sauvage. Bonnaterre s’étonne aussi que l’enfant « a la peau blanche et fine » et « qu’il a tout son corps couvert de cicatrices », notamment une large et profonde balafre sous le cou.
Presse
La presse relègue l’hypothèse aux oubliettes tant, le mythe de l’enfant sauvage est attrayant, et ne relève du rapport Bonnaterre que les observations allant dans le sens de l’enfant sauvage, comme La Clef du cabinet des souverains qui écrit :
Facultés
« Le citoyen Bonnaterre est porté à croire que ses facultés intellectuelles sont dans un état d’imperfection, parce que cet enfant n'est ému que par les objets qui se rapportent aux sens de l’appétit, qui, chez lui, sont les plus actifs, comme dans les animaux ; tels sont les sens de l'odorat et du goût.
Parole
Quant à l’usage de la parole, certains écrivains n'ont représenté l’homme dans son état primitif, borné à une sensibilité purement animale, sans aucun usage des facultés qui le rendent supérieur aux bêtes, sans aucun moyen de communiquer ses sentiments, et même tout à fait privé de la voix et des gestes, qui sont si propres à exprimer les idées .»
Docteur Jean Itard.
Docteur
1801 l'enfant est confié au docteur Jean Itard. Quelques mois plus tard, les progrès du jeune garçon sont indéniables, comme s'en fait écho La Gazette, « le jeune homme, aujourd’hui, distingue, classe les caractères de l’alphabet ».
Mots
Il fait plus, en prononçant sur un ton de voix ordinaire les mots lait, soupe. Il va chercher les caractères nécessaires pour tracer ces mots.
Exactitude
Il les assemble sur une planche, et compose le mot avec toute l’exactitude grammaticale. Chaque jour, il acquiert un nouveau terme.
Signes
« Le voici en possession de nos signes conventionnels. Il a franchi la limite ; il est sur notre territoire. »
Itard
Pendant cinq années, le docteur Itard travaillera à l'adaptation sociale de cet enfant, mais ne parviendra jamais à le faire parler.
Mort
Mort en 1828 âgé d'une quarantaine d'années. Un siècle et demi plus tard, le chirurgien Serge Aroles confrontera l'ensemble des données d'origine sur Victor avec les archives de dizaines d'autres cas d'enfants sauvages de par le monde.
Cicatrices
Selon lui, les cicatrices sur le corps de Victor ne sont pas celles d'une longue vie dans les bois, mais celles d'une maltraitance humaine.
Martyr
Et en viendra à cette glaçante conclusion : « Victor Était un faux enfant sauvage, mais assurément un authentique enfant martyr. »
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